Mener une action de formation auprès de ses collaborateurs




En s’appuyant sur les fondamentaux de la pédagogie et de la formation auprès d’apprenants adultes, cette section  a pour mission de présenter dans un premier temps  les caractéristiques de la formation auprès d’adultes et dans un second temps d’apporter au manager qui souhaite organiser une action de formation (si minime qu’elle soit) auprès de ses collaborateurs, les outils de base nécessaires pour réussir son action de formation. Ces formations dites internes, peuvent représenter pour le cabinet une économie financière et permettre de faire une formation « sur mesure » adaptée aux spécificités du cabinet.  Notons  que si l’expert-comptable souhaite faire financer une action de formation par l’OPCA, il doit obtenir un numéro de centre de formation.
 Nous appellerons « formateur » l'expert-comptable qui dispense la formation et « apprenants » les collaborateurs qui bénéficient de cette formation.

Particularités de la pédagogie des adultes:

 

La notion « pédagogie des adultes » est  antinomique, puisque par étymologie la pédagogie est « l’art d’enseigner aux enfants » qui est substitué souvent par la notion  d’andragogie « l’art d’enseigner aux adultes ».  Pour compléter cette définition nous conviendrons que l’adulte au sens de notre mémoire est un individu majeur qui est entré dans la vie professionnelle et qui assume un rôle social actif et à ce titre est autonome.

La pédagogie des adultes (ou andragogie) est présentée comme une démarche d’enseignement qui par définition tient compte des caractéristiques propres de l’apprentissage des adultes.

Les caractéristiques selon Eduard Lindeman
Le besoin de savoir : Les adultes apprenants sont motivés à suivre une formation iniquement si cette dernière va permettre de satisfaire un besoin ou un centre d’intérêt.  Le rôle de l’enseignant est de faire prendre conscience à l’apprenant de son besoin d’apprendre.
Le concept de soi : Contrairement aux enfants, l’adulte a conscience d’être responsable  de ses décisions et de son implication dans sa décision. Le rôle de l’enseignant est d’impliquer l’apprenant dans le processus d’apprentissage en lui donna t un rôle actif et non pas seulement une transmission de connaissances.
Le rôle et l’expérience de l’apprenant : L’expérience de chaque individu apporte une richesse à la formation, aussi dans un groupe de travail il est intéressant de s’appuyer sur l’expérience de chacun en échangeant les expériences respectives.
Lien avec la situation réelle : La formation doit être conçue autour de situations réelles et non autour de thèmes purement théoriques et les objectifs  à atteindre doivent permettre de mieux appréhender les situations réelles.
La motivation : La motivation des adultes reposent essentiellement sur des critères personnels  notamment l’amélioration de son estime de soi, de sa qualité de vie et pas uniquement sur des motivations purement professionnelles (meilleur emploi, salaire optimal, promotion).

Selon Roger Mucchielli :
- Les adultes ont des résistances au « retour à l’école », car ils s’y rattachent une menace d’évaluation ou de sanction  « d’apprentissage par cœur ».
- Les adultes ont le sentiment  que les connaissances acquises scolairement n’ont pas un grand intérêt dans le quotidien professionnel. «  L’expérience sur le tas » n’avait pas grand chose à voir avec le savoir acquis à l’école ».
- Il semble irréalisable et inutile pour les adultes de dissocier les connaissances, en effet le quotidien professionnel est interdisciplinaire et les connaissances sont transversales.
- Il parait  impossible pour les adultes de dissocier théorie et comportement pratique en situation professionnelle. « Les connaissances théoriques de la formation et la logique se perdent dans les sables de la réalité »29.
- « La formation, tout en paraissant personnelle, est fonction de l’orientation de la politique de formation de l’organisme social dont il est membre ».Le contexte personnel ou professionnel peut empêcher, neutraliser ou favoriser la formation de l’adulte apprenant.

Au vue de ces caractéristiques,  il convient de conclure que former un collaborateur repose sur 3 axes principaux :
 La formation doit être axée sur des situations réelles et être en lien direct avec le quotidien professionnel au cabinet ;
La formation doit s’éloigner d’un cours magistral et théorique qui serait jugé trop scolaire donc inutile pour le collaborateur.
En tant que vecteur de l’orientation stratégique du cabinet, la formation doit intégrer de manière active les collaborateurs dans le processus d’apprentissage.



Le début de la relation pédagogique:   

 

Les conditions d’ouverture de toute formation conditionnent sa qualité et son efficacité.
Selon Alain Astouric, le début de toute formation (qu’elle soit formalisée ou organisée de manière succincte) fait naître des inquiétudes plus ou moins marquées chez les apprenants.

Le début de la relation pédagogique repose sur le respect de 4 étapes :
L’information matérielle : Concrètement le formateur exposera aux différents apprenants l’organisation matérielle de la séance par exemple l’heure de début, celle de la pause, les horaires de  déjeuner et enfin l’heure de fin.
Les présentations : Il est préconisé un « tour de table » où chacun se présente, expose ses missions professionnelles, en lien avec le thème de la formation. Ce premier permet de se connaitre ou de mieux connaitre le travail qu’un collègue réalise. Enfin d’enrichir l’échange il peut être intéressant de demander aux participants d’exposer leurs expériences, leurs parcours, les difficultés rencontrées. A ce stade là il n’est pas recommandé de recueillir les attentes.
Le formateur doit se présenter à la fin du tour de table, même si les apprenants le connaissent, il pourra peut-être apporter une information sur ses missions, son expérience, que les apprenants ne connaissaient pas jusqu’à présent.
Le recueil des attentes : Toutes les attentes seront notées sur une feuille de tableau-papier, qui restera à la vue de l’équipe. Au fur et à mesure de leur traitement, elles seront rayées et cela confortera les apprenants dans la perception qu’ils ont auront des portées et du résultat de la formation en ayant le sentiment que leurs besoins ont bien été pris en compte. A l’issue de cette phase de recueil des besoins, l’objectif de la formation (cf. sous-partie suivante) est exposé ainsi que son programme. Le formateur doit exposer ses attentes afin de prévenir des demandes qui seraient trop éloignées de l’objectif de la séance.
La reconnaissance des apprenants : Il convient d’annoncer les méthodes de travail afin de valoriser les apprenants en leur conférant le rôle d’acteurs dans leurs propres formations.

 La nécessité de présenter les objectifs à ses collaborateurs: 


La définition des objectifs de formation est une étape préalable, qui doit avoir lieu avant de définir le contenu de la formation.  Des objectifs de formation bien définis vont permettre  de concevoir avec précision le programme de formation, d’exposer aux apprenants ce qu’on attend d’eux à l’issue de l’action de formation.

▪  La rédaction d’objectifs de formation concrets, précis et applicables :

Il est d’usage que les objectifs de formation soient formulés de manière très générale : débutant par « savoir …, comprendre…, apprendre….). En cabinet d’expertise-comptable où la charge de travail quotidienne  est importante autant pour les managers que pour les collaborateurs, il est souhaitable  de ne pas perdre de temps. D'une part, nous verrons plus loin qu’un objectif doit répondre à cinq critères (cf. Section 2 : « Vers une responsabilisation progressive de ses collaborateurs »).D'autre  part, il convient d’utiliser des verbes d’actions en tâchant de répondre à la question suivante :

A l’issue de la formation, que devra savoir le participant en situation de travail ?

Exemples d’objectifs : Utiliser le dossier de révision, réviser les cycles du bilan…..
Le fait que ces objectifs soient formulés sous la forme de comportements observables  et mesurables, il sera plus facile d’évaluer l’atteinte de ces objectifs pas les apprenants, autant par ces derniers que par le formateur.

▪  La hiérarchisation des objectifs de formation:
En fonction de la complexité des capacités sollicitées par l’objectif de formation, il semble intéressant d’utiliser le modèle de Benjamin Bloom qui a classifié 6 niveaux d’objectifs, du plus simple (connaitre/reconnaître)  au plus complexe (créer). Son  modèle « la taxonomie des objectifs de formation »  est un modèle pédagogique proposant une classification des niveaux d'acquisition des connaissances.
En fonction du niveau de l’objectif, il convient d’utiliser des verbes et des activités appropriés. Cette hiérarchisation implique que le fait qu’un objectif de niveau inférieur soit inclus dans un objectif  de niveau supérieur.
Si le formateur souhaite que les participants puissent transférer leurs acquis, il est indispensable de définir des objectifs de formation au moins de niveau 3 « Application ».

▪  La présentation des objectifs de formation:
Les objectifs, intermédiaires ou finaux doivent être écrits à l’avance sur une affiche conservée à la vue de tous les apprenants, tout au long de la session de formation. Les objectifs seront lus et expliqués précisément aux apprenants, qui pourront poser des questions. Chaque fois que nécessaire, les objectifs seront rappelés pour recentrer le débat si le groupe s’éloigne de l’objectif initial de la formation.
Les objectifs peuvent être utilisés pour articuler les différentes phases de la session, pour annoncer un test ou une autre activité.
Les objectifs seront relus régulièrement afin de permettre aux apprenants de percevoir l’avancement des travaux et la progression pédagogique.

▪  Modalités de transmission:
La maîtrise du thème enseigné est une condition nécessaire mais ne suffit pas à elle seule. En effet le savoir-faire pédagogique est indispensable, le formateur devra utiliser différentes méthodes pour transmettre son savoir.
On distingue 3 grandes méthodes :
Les méthodes affirmatives qui incluent les méthodes expositives (cours magistraux, méthodes peu efficaces) et les méthodes démonstratives (le formateur explique et présente un processus, l’apprenant reste seulement observateur).
Les méthodes interrogatives, qui consistent à un jeu de  questions dans lequel les apprenants sont mis en situation d’appropriation d’un savoir.
Les méthodes actives qui partent du principe que les apprenants retiendront mieux s’ils construisent leurs propres savoirs. Ces derniers sont mis en situation par le biais de cas réels significatifs pour eux et étant en lien avec leur fonction professionnelle.

Dans une même formation, c’est l’ensemble des méthodes qui devra être mise en œuvre.
En guise de synthèse nous pouvons donc souligner que la définition et la présentation des objectifs doit être réfléchie  et construite et que certaines étapes peuvent  être suivies pour l’atteinte de l’objectif final:

Déterminer quels comportements sont attendus en situation de travail de la part de l’apprenant. Que devra savoir l’apprenant à l’issue de la formation ?
Il convient de fixer le niveau de l’objectif de la formation (simple initiation ? approfondissement ?)sachant qu’une action de formation peut concerner un seul ou plusieurs niveaux mais il faut rappeler que les 3 premiers niveaux sont une mise en pratique alors que les 3 derniers  sont une réflexion approfondie et la mise en place d’outils.
En fonction du niveau de l’objectif, il faut utiliser un verbe et proposer une activité adaptée, en construisant une progression pédagogique, en fixant notamment des objectifs intermédiaires de niveaux inférieurs.
Les objectifs de formation (intermédiaires ou finaux) sont expliqués clairement aux apprenants durant l’action de formation.